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Définition et enjeux

La Psycho-Oncologie est une discipline récente, qui s’est structurée dans les années 80, en réponse à l’intérêt croissant porté aux aspects psychologiques, comportementaux et sociaux, liés à la survenue d’un cancer. Son nom, traduit de l’anglais « Psycho-Oncology », témoigne de sa position à l’interface de l’oncologie, de la psychiatrie et de la psychologie.

L’objectif de la psycho-oncologie est l’intégration de la dimension psycho-sociale aux soins dispensés en cancérologie, et ce à chacun des temps de la prise en charge (à commencer par la prévention associé au dépistage, puis de l’annonce diagnostique à la fin des traitements), qu’elle que soit l’issue (rémission, guérison, récidive ou fin de vie). Par conséquent, elle concerne l’ensemble des acteurs impliqués dans ce champ, médecins, soignants et travailleurs sociaux, auxquels les psychiatres et les psychologues cliniciens peuvent apporter la spécificité de leurs compétences cliniques et thérapeutiques.

Le champ de la psycho-oncologie comprend deux axes majeurs, tant du point de vue de l’amélioration des connaissances que de la mise en place d’interventions spécifiques, en termes de prévention comme de prise en charge :

  • les réactions psychologiques et sociales des personnes confrontées au cancer (patients, familles, équipes soignantes), avec la mise à jour des mécanismes d’ajustement (inconscients et conscients) et l’identification des situations favorisant la vulnérabilité des sujets face à l’apparition d’une détresse émotionnelle (caractéristiques propres à la personnalité, aux interactions avec l’environnement social ou à certaines étapes de la prise en charge oncologique) ;
  • les facteurs psychologiques, comportementaux et sociaux qui influencent l’apparition du cancer, sa récurrence et la survie des patients, avec des questionnements autour des liens possibles avec les domaines de la neuro-immunologie ou encore de la génétique.

La psycho-oncologie désigne également la pratique clinique des psychologues et des psychiatres, exerçant dans des lieux de soins en cancérologie ; ils sont alors souvent appelés « psycho-oncologues ». Elle implique le développement d’un ensemble de connaissances spécifiques, reposant sur des thématiques et une méthodologie de recherche propres à ces professionnels.

 

Holland JC, Reznik I. The international role of psycho-oncology in the new millenium. Revue Francophone de Psycho-Oncologie 2002 ; 1 : 7-13.
Oppenheim D, Dauchy S. La psycho-oncologie et les tâches actuelles des psycho-oncologues. Bulletin du Cancer 2004 ; 91 : 99-104.
Dolbeault S, Dauchy S, Brédart A, Consoli SM. La Psycho-Oncologie. Paris : John Libbey Eurotext ;2007.

Histoire

La psycho-oncologie est une discipline internationale en plein développement, qui s’est enrichie de l’expérience acquise à travers une diversité de pratiques et d’approches théoriques permettant d’apporter plusieurs modalités de réponses à la complexité des situations en cancérologie.

Son apparition au milieu des années soixante-dix a été rendue possible par la réunion des facteurs suivants :

  • L’évolution des mentalités au sujet du cancer – Longtemps le cancer a fait partie de ces maladies stigmatisantes, chargées de culpabilité et de honte, parfois à l’origine d’une exclusion sociale, souvent par peur de la contamination, que la contagion imaginée soit de nature microbienne (transmission d’organismes pathogènes) ou morale (influence d’une attitude dont le caractère répréhensible, voire criminel, est prouvé par la survenue de la maladie, à valeur donc punitive). Le cancer était d’autant plus menaçant dans l’esprit public qu’il était jusqu’à encore récemment synonyme de maladie incurable et mortelle, source de souffrances abominables. Les progrès thérapeutiques, ainsi que la facilitation de l’accès au savoir médical ont peu à peu permis de dépasser les craintes et le fatalisme associés au cancer, en même temps qu’ils ont favorisé la chute du tabou : parler du cancer. La naissance de la psycho-oncologie n’aurait pu se faire sans cette ouverture du dialogue autour du cancer et de ses retentissements en dehors de la seule communauté médicale.
  • La reconnaissance des droits des patients et de leurs proches – Le non-dit du cancer a également cédé sous la pression des mouvements associatifs, qui porte-paroles des patients dans un premier temps, puis des proches dans un second temps (premiers États-Généraux du Cancer en 1998), ont fait connaître les difficultés et les besoins de soutien de chacun. L’ampleur des débats dans les années 60 sur le « droit de savoir » a fait évoluer la relation médecin-patient, en insistant sur la nécessité d’informer les patients de leur diagnostic et d’instaurer avec eux un réel dialogue au sujet des options thérapeutiques. En outre, les révélations des procès de Nuremberg concernant les expérimentations humaines réalisées au cours de la seconde guerre mondiale ont contribué à ce changement en faveur de la recherche systématique du consentement du patient aux modalités thérapeutiques proposées. Les travaux d’Elizabeth Kübler-Ross ont quant à eux favorisé la reconnaissance du besoin des patients en fin de vie de parler de leur situation, en insistant d’une part sur le caractère nécessaire du dépassement des craintes et des croyances associées au fait d’évoquer la mort, ainsi qu’en témoignant d’autre part du fait que l’humanisation des soins en fin de vie tient en partie à la possibilité donnée aux patients de partager une même réalité avec les soignants, autant que les proches qui l’accompagnent, et non au maintien dans l’ignorance qui crée l’isolement.
  • L’intégration progressive des consultations de psychiatrie et de psychologie aux services de médecine – L’implantation dès les années 30 des consultations de psychiatrie en médecine somatique, puis la reconnaissance à partir des années 50 de cette activité de psychiatrie de liaison, ont contribué à mettre en évidence la spécificité des retentissements psycho-sociaux du cancer et de ses traitements, et à justifier de fait une prise en charge spécialisée de ces difficultés, nécessairement assurée par des professionnels de santé mentale expérimentés dans ce domaine particulier.
  • L’avancée des corpus théoriques et des méthodes de recherche en sciences humaines – Le développement dans les années 50 des études prospectives, à l’appui d’outils quantitatifs validés, a permis de mieux comprendre la manière dont les patients réagissaient à leur cancer, ainsi qu’à établir les premières données épidémiologiques concernant en particulier l’incidence des troubles anxio-dépressifs. Ces recherches partagées avec le corps médical ont de plus favorisé le rapprochement et la meilleure collaboration des disciplines. Deux équipes américaines ont été particulièrement motrices dans le lancement des premières études en psycho-oncologie : celles attachées au Massachusetts General Hospital et au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center. Plus récemment, l’introduction d’échelles adaptées aux spécificités des difficultés rencontrées par les patients atteints de cancer, tel que l’European Organization for Research and Training in Cancer – Quality of Life Questionnaire (EORTC-QLQ-C30), a accompagné l’essor des études en psycho-oncologie, en facilitant le recueil des données et l’approfondissement des connaissances.
  • La diffusion des savoirs cliniques et théoriques acquis sous forme orale et écrite – La multiplication des communications et des publications (création du Journal of Psychosocial Oncology en 1983 et du journal Psycho-Oncology en 1992 ; publication du Handbook of Psychooncology en 1989, puis de l’ouvrage Psycho-oncology en 1998 de J.C. Holland) au sujet des résultats d’études et des connaissances acquises en psycho-oncologie, ainsi que la structuration en parallèle de sociétés savantes (International Psycho-Oncology Society en 1984) motrices dans l’élaboration de référentiels scientifiques (à l’exemple des guidelines du National Comprehensive Cancer Network-NCCN).

A travers ces différentes étapes, la psycho-oncologie a gagné en assise scientifique et sociétale, pour se poser comme un incontournable dans la réflexion des politiques de santé.

 

Kübler-Ross E. On death and dying. New-York : Macmillan ; 1969.
Holland JC, Rowland JH. Handbook of psychooncology : psychological care of the patient with cancer. New-York : Oxford University Press ; 1989.
Holland JC. Psycho-oncology. New-York : Oxford University Press ; 1998.
Holland JC. History of Psycho-Oncology : Overcoming Attitudinal and Conceptual Barriers. Psychosomatic Medicine 2002 ; 64 : 206-221.
Dolbeault S, Holland JC. Vingt-cinq ans de pratique psycho-oncologique à New-York : une retrospective. Bulletin du Cancer 2008 ; 95 : 419-424.

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